Kosmopolitiques //Laïcité de droite ?

La laïcité prend des coups ces jours ci et l’on perd progressivement la capacité de se souvenir de ce qu’est réellement cette pratique et cette valeur. La première source de confusion au sujet de la laïcité est l’usage qui est fait de ce terme par la droite française.

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Pour penser, il est souvent utile de s’arracher au flux quotidien d’informations et de se donner de solides définitions. Qu’est-ce que la laïcité ? C’est d’abord un principe d’indépendance de l’état par rapport à toutes les églises ; c’est ensuite une forme d’impartialité vis-à-vis de toutes les religions. Une fois acceptée cette définition minimale, on doit se rappeler que le terme laïc vient de la culture chrétienne et désigne la plupart du temps un chrétien qui n’est pas clerc. Cette histoire n’est pas neutre et prend une large place dans l’usage du terme laïcité par les politiques de droite.

Revenons au principe de séparation de l’église et de l’état. Ce principe de séparation est une donnée élémentaire et qui peut être interprétée de manières différenciées selon les cultures des états laïques. Il n’y a au monde qu’onze états constitutionnellement laïques (France, Inde, Portugal, Brésil, Etats-Unis, Japon, Mexique, Uruguauy, Ethiopie, Bolivie, Turquie). La loi de 1905 qui en France établit la séparation de l’église et de l’état pose essentiellement un principe de non-ingérence. L’église n’aura pas plus d’influence sur les affaires d’état que l’état n’en aura dans les affaires théologiques. Toutefois, on ne saurait oublier que la laïcité s’est développée comme thème politique en France dans le cadre d’un conflit entre l’église catholique et la république (la première, la seconde et la troisième). Le camps des laïcards fut souvent aussi le camps anticlérical. C’est cette tradition qui complique le rapport de la droite française à la notion de laïcité.

Aujourd’hui, que ce soit au sujet de la burqa, du voile, des minarets, des prières de rue ou encore -grâce à l’incroyable Mr Copé- des pains au chocolat, la laïcité est mobilisée au sujet de l’Islam. Dans ce cadre, cette religion est appréhendée comme une menace. Les musulmans de France ne parviendraient pas à s’intégrer, cette pratique ne serait pas réellement française, cette religion n’aurait pas les moyens de maîtriser les éléments les plus extremistes et par conséquent, elle ne serait pas encore compatible avec le modèle républicain. Ces propos sont la plupart du temps accompagnés de récriminations affirmant le caractère politiquement correct de la tirade : il faut distinguer, il y a de bons musulmans et de mauvais musulmans.

Il est évident qu’il y a là une première torsion de la laïcité. L’état se mêle d’affaire religieuse. La laïcité n’interdit pas  le prosélitysme, elle ne s’en soucie pas. Elle affirme au contraire que l’état n’a pas à s’en occuper. En d’autres termes, on ne peut pas dire que la laïcité de droite est sélective et ne s’applique qu’aux musulmans, la laïcité de droite n’est pas une laïcité. Pour savoir ce qu’elle est vraiment, le lecteur devra trancher entre une forme de racisme, une peur du changement de la société et un sentiement de vulnérabilité de chrétiens craignant un recul de leur culte.

Il faut ensuite considérer ce qu’est l’espace public, espace dans lequel le port de signe extérieur manifeste de religion est proscrit. La rue, les parcs et les espaces privés échappent à ce régime restrictif. L’école, la mairie, les administrations publiques en font partie parce que l’état s’y exprime, est représenté en acte et doit s’en tenir au principe de laïcité -c’est à dire à une stricte impartialité. A l’université publique, les cours donnés sont laïques mais les étudiants se promènent à l’université en portant une croix huguenotte, une kippa ou un voile sans que cela pose problème. Mais cette définition de l’espace public est stupide.

L’espace public n’est pas un lieu, pas un espace géographique. C’est un lieu symbolique dans lequel toutes les questions politiques, toutes les propositions politiques peuvent être formulées. C’est le lieu du débat, du conflit politique par excellence. Et c’est en ce sens que les propos, les arguments religieux n’y sont pas admis. Le parlement français ne votera pas telle ou telle lois en se rangeant à des arguments religieux : si tel était le cas, le débat politique se transformerait en débat théologique, et ce n’est plus en raison que les citoyens seraient amenés à exercer leur droits civiques mais en fonction de leur foi. C’est tout ce que la laïcité, en tant que principe, veut éviter.

Dans le fond, en parlant des valeurs chrétiennes, de l’héritage chrétien, du rôle du prêtre ou du pasteur (cf. le discours du Latran de Nicolas Sarkozy), la droite française emprunte un chemin qui lui est plus familier, revenant discrètement sur une séparation de l’église et de l’état toujours mal digérée, l’alliance entre l’église et l’état étant pour ses politiques un garant de la prospérité de l’église chrétienne et la base d’une « fidélité » du pays à ses « origines ».

La leçon que l’on peut retenir de ces errements politiciens quotidiens, c’est que la laïcité pose une séparation absolue entre les affaires de l’état et les affaires de l’église. Si un groupe féministe veut lutter contre le port du voile au nom d’un certain nombre de valeurs, il peut et doit le faire mais sans recours à l’état. Ce militantisme doit s’exprimer dans le cadre du jeu politique à l’œuvre dans la société civile parce qu’un état laïc ne dit pas ce qu’il faut croire, comment il convient de s’habiller ou s’alimenter, cela ne le regarde pas.

AD


PS : admettons tout de même qu’il est certains sommets de la haine confessionnelle que la droite ne peut atteindre et sur lesquels l’extrême droite se perche pour faire entendre sa voix (voir le lien).

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