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Alors je sors de la salle de musculation.

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C’est très instructif. J’utilise une machine pour me faire des abdos, mais en fait je me rends compte que c’est la machine qui m’utilise, car j’ai beau vouloir faire autre chose que le mouvement prescrit, la machine ne me laissera pas faire. Au cas où elle me laisse faire, quelqu’un viendra pour me demander « combien » je veux encore faire. Deux, Monsieur, et si tu me tutoies encore une fois, je te montre, Monsieur, que faire de la machine n’apprend aucunement à se battre.

 Ces machines à produire du muscle bidon qui ne sert à rien, c’est ce que j’appelle une structure. D’aucuns, à l’époque, se sont mobilisés, sans bouger cependant les oreilles, à proclamer la victoire de la structure. Aujourd’hui les structuralistes s’appellent, et y répondent, « cosmopolites », ce qui signifie: je suis du monde entier, je suis d’extrême-gauche, et puisque je suis cosmopolite, je m’épargne la vue désolante de ceux qui travaillent sans une idée du travail. Cette idée, je la garde au plus profond du dedans de mon moi-même, et je la crie si je me retrouve sur un plateau de télévision. Qu’est-ce que c’est que ces gens qui travaillent sans idée du travail? Qu’ils aillent au diable, j’ai autre chose à faire, à savoir me faire chier.

 La machine est donc une structure. Il y a beaucoup de machines. Toute machine raconte une histoire, ton histoire dans la mesure où tu te laisses dicter par la machine. Un centre commercial, là où toutes les grandes marques se retrouvent, et qui signent ainsi, dans leur pagaille, l’aveu que la ville n’existe plus – car dans une ville il y a des rues, et dans ces rues des magasins, et dans ces magasins tu peux t’acheter des chaussures et des cigarettes, bref: il n’y a plus de ville, vive le centre commercial.

 Pourquoi? Por qué por qué à Budapest comme à Sofia, nous n’avons plus aucune confiance en la rue. Quelles ruelles de la pensée peuvent espérer trouver leurs discours, si jamais la tête ne flâne à travers rues métropolitaines? Aucune ruelle. Aucune profondeur. La mégalomanie du mot qui croit être la chose même. Un confort, donc.

Les structures dépolitisent. J’ai eu un Con au téléphone l’autre jour, il faut croire que le téléphone, c’est fait pour ça, et qui m’a dit : la droite dispose d’une avance non négligeable sur la gauche parce qu’elle a sû, à temps, utiliser les moyens les plus modernes. Pauvre Con. Tu peux parler, mais tu n’as pas de discours: les machines dépolitisent à souhait. Tu ne sais pas te servir du tout nouveau i-machin, moi non plus, mais moi je m’en fous, alors tu te dis que la politique se joue là où tu es trop vieux. Imbécile. C’est pour cela que tu es trop vieux, quel que soit ton âge: tu veux rejoindre, et en voulant rejoindre, tu nies ta propre expérience. Pauvre Con. Tout être vivant consomme, mais seul l’être humain, faible de son intelligence et de sa pluralité, politise. Tu vas acheter tes souliers, tes godasses, tes clopes de merde et tu vas vivre là où aucune politique ne peut avoir lieu. Tu es trop Con pour voir qu’un centre commercial est une histoire, du Storytelling à fond, où l’on te fait vivre ta présumée propre vie. Les centres commerciaux racontent ton histoire. Le nouveau tram ultra-moderne des grands boulevards de Pest raconte ces derniers autrement que les vieux trams, et tu y consens. La pinte de cappuccino que tu prends à emporter pour prendre ce tram raconte ton matin à ta place. Les séries que tu regardes le soir, lorsque tu n’as plus de cerveau du tout, ces séries criminologiques dont le seul message est: regardez! nous sommes en costard -cravate et bien rasés 24 heures sur 24, autrement dit des histoires qui te parlent du travail parfait, autrement tu es viré, tu es nul, sous-productif, presque un clochard. Ces histoires télévisées font office des bombes protéinées après le sport. Encore plus! Je veux toute la structure! Je ne suis rien en dehors de l’histoire que vous me racontez sur ma propre vie!

 A Paris et dans d’autres métropoles dignes de ce nom, c’est la misère du transport en commun qui dépolitise. Après une journée dans les grèves du transport – avons-nous besoin de transport? A l’Est, et c’est en primate débile du far-west que l’on fait cela, même si des structures horriblement semblables se retrouvent par exemple en Allemagne, c’est non pas la structure des grèves quotidiennes, mais celle des centres commerciaux et autres Storytelling peuchère qui dépolitisent.

 Le changement de régime à l’Est a été parfait. La Hongrie, comme nous le savons, a joué un rôle-clef dans ce changement et bien avant ce changement, longuement préparé par les réformes économiques de 1968 et par le lac Balaton, par le laxisme du pouvoir dans les années 1980, et finalement par un ministre des affaires étrangères, saoûl à 9h du matin, qui décida un beau jour de s’attaquer avec couteau et ciseaux, au mur. Heureusement, il n’était pas assez hors de lui-même pour attaquer, ce jour-ci, la frontière roumaine, cela aurait enclenché des indisponibilités diplomatiques, et dans la sphère moscovite, il n’était pas question d’indisponibilité.

 Qu’est-ce que le libre échange, le capitalisme sauvage nous a donné par la suite? Une bipolarité quasi-guerre civile des partis politiques, qui cependant entrent en connivence derrière les coulisses, une bipolarité qui mène directement à la guerre civile. Tant que j’ai mon i-bidule, je ne suis pas concerné. Mais c’est peut-être l’i-bidule qui va m’exploser à la gueule. Alors je me rendrai compte que mon espace politique équivaut à zéro. Déconnecté, alors que l’autre Con veut se connecter, je me rendrai compte de la misère de l’espace public qu’impose le régime qui m’avait offert ce i-bidule truc-muche, afin de ne jamais questionner sa politique, si l’on peut encore parler de politique.

 Il va de soi que l’auteur de ces lignes a fréquenté les salles de musculation, les centres commerciaux, et sans en avoir un, a appris le fonctionnement des téléphones intelligents, tout en en espérant sauvegarder sa propre intelligence. On ne peut critiquer sans fréquenter.

 Alors je sors de la salle de musculation. J’ai beaucoup couru, j’ai soif. Salut Monsieur, j’ai soif. Alors je peux te proposer le 0.7L Vitaladadabou sportrefresher wild strawberry c’est le meilleur il y a du L-Carnitine dedans je t’assure. Si.

Je n’ai rien compris.

 C’est sec ou c’est doux?

 Plutôt sucré, qu’il me répond.

 Je préférerais demi-sec.

 Il n’a rien compris.

Adam Balazs.

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