Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob Place des Vosges

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Arf, ici Bobby .J. Bob, reporter-chien tout terrain, en direct de la place des Vosges pour la rédaction de Kosmo, à la recherche de la bonne nouvelle, du surgissement, de l’actualité épatante, pour vous, à votre service -mon dieu, quelle émotion me saisit lorsque j’évoque ma dévotion, il faudra que je surveille ça, ça donne un peu trop d’emphase à mon style, style que je voudrais télégraphique, mais enfin reprenons, j’étais donc en train de vous dire que j’étais Place des Vosges à la recherche du scoop, et qu’on ne devrait pas attendre trop longtemps.

En effet, cette place est pleine de ressources, et des fournisseurs de scoops de première catégorie. Dominique Strauss-Khan habite ou habitait là, on n’est pas à l’abri que des femens viennent montrer leur poitrine et leurs slogans devant sa porte, à moins qu’elles ne choisissent celle du plus inoffensif Jack Lang. Il y a le passage secret vers l’hôtel de Sully, lieu caché et charmant propice à la genèse de secrets et de surprises, il y a les jeux pour enfants et les enfants sont quand même, mentionnons le, les êtres les plus susceptibles de fournir de l’événement tant ils sont fragiles, mignons, épouvantablement conformistes, capricieux et sympathiques. Pas de jeunes assis sur les pelouses, c’est l’hiver, les jeunes se reposent et les pelouses aussi, et de toutes les manières, il n’y avait rien à attendre de cette population ontologiquement fatiguée. Je sais de source sûre que le rédacteur de Kosmo a passé un temps considérable dans sa prime jeunesse à se fatiguer là. Mais ne nous laissons pas distraire, notre attention doit être maximale. Il ne se passe rien. Il ne se passe rien, mais en bon reporter-chien, je sais que c’est bon signe. Il va se passer quelque chose, c’est tout à fait nécessaire, c’est l’appel du vide. Par exemple, il pourrait se mettre à neiger, ce qui serait une surprise considérable et un événement marquant -la Place des Vosges à déjà ressemblé à ça, il y a très, très, très longtemps.

place-des-vosges dans Kosmolitt

Mais attendez, attendez, je vois une petite troupe qui s’avance, une troupe qui ne m’est pas inconnue, je vois venir sous les arcades Yopi la Bourboule et Gina-Grasse. Ils marchent d’un pas précis-pressé, sans accorder un regard aux galeries d’art de la Place. Mais que font-ils, mon dieu, ils s’arrêtent, oui, ils s’arrêtent, sous une arcade et Yopi la Bourboule, le célèbre psychanalyste-chien, qui tenait une boite de conserve dans sa gueule la pose devant eux.

Que se passe-t-il, attention, ils attendent, oui, c’est bien ça, mon instinct ne me trompe pas, ils attendent quelque chose mais quoi, quoi ? C’est ce que nous allons chercher à savoir.  Oh, mais c’est un rassemeblement, on distingue à l’horizon les silhouettes de la Baronne Lili, chienne de distinction et Waldemar, le dernier poète maudit canin de Saint Germain des Prés (les fidèles de mes chroniques savent bien entendu de qui je parle). Ils sont quatre maintenant, sous les arcades mais hélas, nous n’apprenons rien d’autre puisqu’ils ne font toujours rien d’autre que d’attendre indéfiniment quelque chose. Remarquez, une petite meute de chiens attendant sagement quelque chose dans Paris, c’est déjà un événement.

Chers lecteurs, mea culpa, mea maxima culpa, j’ai parlé de meute mais le gros de la meute arrive seulement maintenant. Voici venir Elizabeth et Belzebuth -un couple de chat tellement crevards que même les chiens les trouvent beaux et sympathiques, accompagnés du chat en porcelaine qui leur sert d’enfant, Bof, Bouarf et Pfff, trois teckels velus tellement vieille France que leur simple présence suscite l’apparition de fantômes de mémères partout où ils passent, Heigmar le Danois géant, si grand qu’il pense que sa digestion est le principe de régénération du monde -il s’intitule lui-même souvent Béhémoth, allez savoir pourquoi-. Tout ce petit monde rejoint notre quatuor originel. Que va-t-il se passer ? Par le chien, ils chantent ! Vous assistez, par mes yeux ébahis mais non moins fidèles à la naissance de la première chorale canine et mendiante de la place des Vosges.  Alors, en direct, je vous retranscris les paroles de leur jolie chanson :

« Pleurez Pierrots, poètes et chats noirs,
La Lune est morte, La Lune est morte.
Pleurez Pierrots, poètes et chats noirs,
La Lune Est Morte ce soir…

Un homme marche sur le sol
De ce vieux miroir de vos rêves
Et c’est votre cœoeur que l’on crève.
La corde qu’on vous passe au col !
Il va falloir aller plus loin,
Par delà des millions d’étoiles
À la recherche de l’étoile
Qui vous fera rêver demain…

[Refrain]

Comme une fleur de tournesol
On a mis la Lune en bouteille
Et les enfants de la corbeille
Ont applaudi comme à guignol.
Un homme marche sur le sol
De ce vieux miroir aux merveilles,
Dans mon jardin depuis la veille,
Ne chante plus le rossignol… »

C’est très doux, très joli, une traduction d’un tube des Frères Jacques, je crois, mais étrangement, les passants ne s’arrêtent, voire même, ils paraissent effrayés. Quelques uns s’arrêtent presque par réflexe. Espérons pour la bande qu’ils laisseront beaucoup d’argent dans la boite de conserve qui autrement serait superfétatoire ce qui me peinerait pour ce pauvre Yopi la Bourboule.

J’entends des mauvaises langues qui pensent dans leur for intérieur… Que je serai venu exprès pour ça, que j’aurais eu du biscuit, que je suis corrompu… Peut-être un peu… Pour aujourd’hui.

AD

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