Kosmoptikon // Achille en Palestine ou le délire vengeur

Kosmoptikon // Achille en Palestine ou le délire vengeur dans Kosmoptikon 475288

Les motocyclettes ont remplacé les chars et les chevaux mais c’est la même pratique immonde, la même folie, à la fois révulsante, instinctivement inacceptable et pitoyable. La superbe photo de Suhaib Salem pour l’agence Reuters mérite un petit arrêt sur image.

Sur cette photo, on voit des gazaouis trainant un supposé traitre, ou plus exactement un supposé traitre, préalablement exécuté et partiellement dénudé. Ils forment un cortège enthousiaste autour du cadavre à travers lequel ils ont remporté une victoire symbolique sur l’ennemi israélien. Simultanément, ils lancent un message sous forme de menace : voilà le sort réservé aux gens à la solde de l’ennemi. Mais en réalité il y a bien plus. Ils privent un homme de sépulture, ils humilient sa dépouille, ils se vengent sur la viande humaine refroidie qui sera lentement déchiquetée par les aspérités du caniveau. Quelle étrange passion, quelle folie peut mener à cette modalité particulièrement inhumaine de la vengeance, à ce rite de mort qui dénie toute humanité à l’ennemi ? Il ne s’agit pas d’une folie meurtrière mais bien d’une folie de la vengeance.

Or, que ce soit dans le thème ou dans la composition de l’image, ces gazaouis ont un grand prédécesseur : Achille trainant le corps d’Hector devant les murs de Troie. Folie de vengeance, Achille ira jusqu’à laisser pourrir le corps de son ennemi jusqu’à ce que le courage du père d’Hector ne le fasse fléchir et rendre la dépouille mortelle afin qu’elle reçoive les derniers sacrements -et par là soit rendue à son humanité. Un corps pourri naturellement, la seule humanité d’un cadavre, c’est l’hommage qu’on lui rend.

Dans le cas d’Achille, on se souvient que la cause de sa rage est un drame amoureux, son ami-amant-cousin-éromène Patrocle étant tombé sous les coups d’Hector. Ce qu’il fait n’a aucune efficacité militaire, ne mérite aux yeux des grecs aucune forme de respect, c’est l’expression délirante d’un trouble amoureux. Evidemment, dans le cas de nos gazaouis, on ne peut pas parler de délire amoureux. Eros n’a rien à voir avec leur furie vengeresse. Ce qui est troublant dans la photo  de Suhaib Salem, c’est qu’aucune furie n’apparaît sur les visages. Ils paraissent contents ou simplement indifférents, comme si la folie s’exprimait avec tous les attributs de la normalité, comme si cette action était légitime. Des visages célébrant la victoire de tel ou tel club de football manifesteraient probablement plus de passion, l’événement paraitrait plus exceptionnel.

Etrangement, quand on regarde les représentations classiques de l’épisode mythique, Achille n’exprime ni la furie, ni la folie, mais plutôt une forme d’impassibilité -autant qu’on puisse en juger. Comme s’il s’agissait d’un choix délibéré. Comme si l’explication par la crise de folie était une tentative des spectateurs horrifiés pour exorciser ces images. La photo de Suhaib Salem m’inspire plutôt quelque chose comme une sortie délibérée et temporaire de l’humanité, manifestant publiquement une absence absolue de limite dans le comportement de ceux qui défilent. Ils affirment publiquement : notre violence n’aura pas de limite, pas même celle qu’implique notre commune humanité.

Bref, cette photo est vraiment intéressante.

002 Achille dans Kosmoptikon

007bis Gaza

photo Hamas

hector_comb_mna_taranto Hector

Mots-clefs :, , , ,

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

RCD Bgayet-Jijel |
Burberryk |
Ameljerbi |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Leblogdeross
| Quels sont les éléments qui...
| Lafouinesedanaise