Kosmopolitique // Miroir, dis moi qui est le plus raciste

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Une promenade en Finlande permet d’appréhender le racisme en France d’une manière renouvellée et en un sens approfondie. La violence du racisme en Finlande et son étrange expression décomplexée, presque bon enfant nous contituent pour notre société un miroir efficace.

Parler de racisme en Finlande peut surprendre celui ou celle qui n’a fait qu’y passer. D’une part, les Finlandais sont de manière générale accueillants et accortes avec les étrangers de passage. On est souvent positivement marqué par la simplicité et la bienveillance des paroles de Finlandais rencontrés ou abordés inoppinément. Tout se passe comme si l’étranger bénéficiait d’un a priori favorable. D’autre part, en Finlande comme dans les autres pays nordiques, une forme de politiquement correct semble si présente qu’on n’imagine pas des propos ou des actes racistes dans cette atmosphère feutrée, policée.

Mais le racisme finlandais s’exprime de plusieurs manières. La première, la plus commune, la plus triviale et en un sens la plus folklorique se construit sur la haine séculaire de tous les voisins, les Russes, les Allemands et les Suédois. Cette haine (ou ce mépris en ce qui concerne les Russes) est présente même si elle prête à rire -pour les Finlandais eux-mêmes-. Je me souviens par exemple d’une moue méprisante au sujet de petits poissons (saarki) dont on disait qu’on ne peut les manger puisque les Russes en mangent. La nourriture pour Russes était ici tranquillement assimilée à de la nourriture pour chien. En ce qui concerne ses trois puissants voisins qui l’ont occupée successivement, la Finlande a développé une réaction épidermique. Mais enfin, il s’agit quand même d’une forme de haine de l’étranger.

Mais une récente tribune d’Umayya Abu-Hannah dans le principal quotidien finlandais Helsingin Sanomat(et reprise par le site rue89) et la polémique qu’elle a provoqué nous en dit beaucoup plus. Présentatrice à la télévision, élue à la mairie d’Helsinki pour le parti Vert, écrivant et parlant un finnois parfait, cette femme a décidé de quitter la Finlande pour s’installer à Amsterdam afin de fuir les manifestations quotidiennes de racisme. Sa fille adoptive d’origine zoulou se fait régulièrement traiter de « sale nègre ». Ce petit nourrisson nous est décrit pris a parti par des passants qui l’insulte.

On pourra aussi mentionner le développement du parti Vrais Finlandais devenu la troisième force politique du pays qui n’est pas à proprement parler un parti raciste mais dont le populisme et le nationalisme se fondent essentiellement sur l’idée que l’immigration est trop importante et qu’il faut cesser d’être solidaire avec les Grecs. C’est le leader de ce parti, Timo Soini que l’on voit sur la photo (AFP PHOTO / LEHTIKUVA / Raimo Poutanen). L’article de Rue89 déjà cité nous indique aussi que seuls trois pour cent de la population finlandaise est né à l’étranger. Mais crier « sale nègre » à la face d’un bébé, c’est prendre le risque d’insulter quelqu’un qui a toutes les chances d’être né sur le sol finlandais. C’est d’ailleurs ce qui gêne les racistes en question. Ce ne sont pas des noirs de passages, de braves touristes américains mais des Finlandais à qui cette qualité est niée par pur racisme.

Il n’est jamais évident de comprendre la peur de l’étranger. L’article de Rue89 nous dit encore que si 60% des Finlandais trouve que le peuple est un peu raciste, seuls 12% des Finlandais interrogés admettent avoir commis des actes racistes ou avoir des proféré des propos du même type. Il y a là une forme de racisme élémentaire et qui semble relativement bien intégré, presque banal. Dans la tête d’un Finlandais raciste, un Finlandais noir ne peut pas être vraiment Finlandais  puisqu’un Finlandais n’est pas noir. Il y a là un motif de purification ou de pureté ethnique. Si le peuple finlandais devait devenir métis, il ne serait plus le peuple finladais puisque pour ces esprits biens assis, le peuple finlandais est blanc. Dans une telle mouture du racisme, le groupe raciste ne comprend pas que l’on puisse critiquer sa volonté de rester un puisqu’il lui semble naturel de vouloir se perpétuer dans son être. Or, cette volonté d’unité, de pureté relève d’un jugement de valeur raciste tant il n’y a pas d’unité ethnique dans le pays. Il y a par exemple dans une rame du tramway d’Helsinki des types lappons, des types vikings, des visages caucasiens, germaniques, slaves, mixtes, etc, bref rien qui laisse penser à une unité raciale. Mais ce mélange doit exclure, aux yeux des racistes, certains types (notamment les noirs et les arabes).

La réponse que propose le mouvement nationaliste Suomen Sisu est particulièrement révélatrice des apories de la volonté de purification.  Pour s’opposer au multiculturalisme, ils souhaitent un traitement « séparé mais égal des races ». Le multiculturalisme, c’est déjà un traitement séparé mais égal des cultures, un principe de fréquentation sans mélange. Séparer les races, ce serait former des peuples séparés sur des critères raciaux, certes sur un même territoire mais sans mélange que les racistes percevraient naturellement comme une corruption.

Qu’est-ce que ces faits finlandais nous apprennent de nous-mêmes ? Peut-être quand même que nous sommes un peu moins racistes ou bien que nous le sommes différemment. D’abord, il existe en France un racisme assez différencié pour les Juifs, les Portugais, les Italiens, les Algériens, les Arabes, les Noirs, les Antillais, les Polonais, les Belges, les Anglais, les Allemands, etc. Ces racismes ont leur histoire, leur argot (spingouins, bicots, pollacks, ritals, boches, rosbeef, etc). Deuxièmement, le thème de la pureté raciale est relativement faible en France. Il semble qu’on associe facilement pureté raciale et fin de race, Français de souche et chauvinisme ridicule (on pensera par exemple au personnage de François le Français dans le SAV des émissions sur CanalPlus. De la même manière, on associera assez spontannément racisme et nazisme, racisme et fascisme. Le débat est donc enflammé entre racistes et anti-racistes, virant souvent à l’insulte, au procès d’intention. C’est donc un champ conflictuel, violent.

N’oublions pas que cette violence est comme la marque de ce que nous n’admettons pas l’idée de la pureté de la race comme argument recevable dans l’espace public. C’est donc un symbole précieux.

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