Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob et l’hôpital aux haïkus

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Arf ! Ici Bobby .J. Bob, en action et en direct de la rue Raymond Losserand, dans le quatorzième arrondissement de Paris. Chers lecteurs, chers lectrices, aussi hallucinant que cela puisse paraître, je suis non seulement en mesure d’affirmer que la rue Raymond Losserand existe mais encore que le quatorzième arrondissement, contrairement à certaines idées reçues, peut réserver d’agréables surprises.

Car voyez-vous, honorables préposés au déchiffrage de mes abominations journalistiques et honnêtes, au milieu de la rue susnommée, il y a un hôpital, et au milieu de cet hôpital, il y a une petite église. Et dans un décors pareil, entre la maladie, le calme, le temps presque arrêté de l’église et les fumeurs de cigarettes, les patients écrivent des haïkus. Il suffit de se pencher pour les recueillir.

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Évidemment, il n’est pas  à la portée de tous de savoir que les patients d’hôpitaux composent ces petits poèmes japonais en trois lignes et dix-sept idéogrammes. Mais un reporter-chien digne de ce nom aura lu Soseki -dont on ne peut que déplorer qu’il ne fut jamais un habitué du bar Socis de notre dernier direct car on aurait alors pu dire : »et Soseki Socis »- Soseki disais-je avant de m’interrompre alcooliquement parlant, Soseki qui le premier inaugura cette splendide tradition consistant à habiter poétiquement son agonie par quelques poésies spectaculairement apaisées et contemplatives.

Eh bien, tenez-vous bien, cette tradition est perpétuée dans les murs du Centre Hospitalier Saint Joseph, rue Raymond Losserand. Ca vous en bouche un coin ? Vous n’avez encore rien vue.

Une dame convenablement grabataire qui cahote tendrement devant l’église nous laisse ainsi tomber dans l’oreille :

« Je vous salue

Marie-Reine-Joseph

Impératrice de la petite douleur.« 

Comme c’est touchant. Mais voici que surgit un petit monsieur vindicatif qui crie un peu fort « Je suis malade, je suis malade ». Il marche distraitement. Il sent. Il croise un double bolide sous la forme d’une poussette poussée par une robuste jeune fille et deux jeunes gens aussi vigoureux qu’antillais et infirmiers. Pris dans cet étau fatal, le brave petit monsieur s’effondre et tombe de tout son long, évitant par bonheur la poussette. Derechef, il grogne. « Je suis malade ! Je suis tombé sur mon cul ! »  Mais, serrant fort son paquet de Gitane, il déclame à une jeune fille venue aider :

 « J ‘habite à 150 mètres

J’aime pas les pompiers

Vous me raccompagnez ? « 

Moyennant quoi, il se fait effectivement raccompagner. Par le chien, quel talent ! Le haïku, ça vaut tous les « Vous habitez chez vos parents ? ». Mais revenons à nos oignons.  C’est un soir de demi-brume. L’hôpital est redevenu calme, Gina-Grasse fait des bulles à mes côtés, car elle neperd jamais une occasion d’accompagner un reporter-chien, elle est donc là disais-je, faisant des bulles à son habitude, mais Yopi la Bourboule est trop occupé à psychanalyser les jolis cas croulants de l’hospice pour soulever les bajoues de notre amie obèse. N’écoutant que mon audace de reporter-chien, je prend mon courage et ses bajoues à deux  mains et je soulève. Ecoutons…

Gina-Grasse :

« Mouroir et maternité

Lilas et chrysanthème

Ma fatigue est constellée de joie« 

Bobby .J. Bob (relâchant les bajoues) : Ah, arf même, la voilà prise par la poésie du lieu. Voyez comme c’est efficace. Et dans sa sublime intuition poétique, elle a effectivement deviné qu’à la sortie de l’hôpital se trouvent, dans l’ordre, un fleuriste, une entreprise de pompes funèbres et une pharmacie remplie de produits pour bébés. Ces humains vont bien vite en besogne.

Un dernier poème scoopesque pour la route. Je vois à l’horizon -et Ophélie peut bien aller se rhabiller- une sublime créature endormie sur un brancard. Je recueil au bord de ses lèvres, comme un trésor lacrymal :

« Un sur deux

Neuve à nouveau

Est-ce un événement, une coupure ?« 

 C’était Bobby .J. Bob en direct d’un endroit bien étrange.

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