Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob 9 rue Hélène Brion

Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob 9 rue Hélène Brion dans Bobby .J. Bob bobby.j.bob_2

Arf, ici Bobby .J. Bob en direct de l’effarement, en direct de la découverte extraordinaire, bref en direct du direct, concentré sur mon devoir de reporter-chien malgré le froid glaçant qui me gèle les os et me fait renoncer à lever la patte devant les poteaux que j’abhorre comme tout chien qui se respecte.

J’ai découvert, pour vous chers lecteurs, la seule rue de Paris qui ne possède qu’un seul numéro, le numéro 9. C’est, vous l’aurez deviné car je choisi mes lecteurs donc vous êtes de brillants lecteurs, c’est disais-je avant de m’interrompre pour la bonne cause, c’est la rue Hélène Brion.

rue-helene-brion-2 dans Kosmolitt

Évidemment, à la vue de l’endroit, l’honnête promeneur peut à juste titre se demander : est-ce bien une rue ? Cet amas de blocs anguleux, sans âme, est pourtant effectivement une rue, avec tous les tampons et les certificats requis. Mais la mairie de Paris (je le sais de source sûre puisque c’est une secrétaire cachée dans un de ces recoins qui me l’a dit) a refusé de donner plus d’un numéro à cette rue pourtant longue, à vue de nez, d’une quarantaine de numéro mérités.

rue-helene-brion

L’employé aux numéros de rue -car il doit bien exister un cabinet secret tout entier dévoué à l’attribution des précieux numéros dans le château de Mr Delanoë)- devait avoir une raison particulière de mettre en valeur le beau nombre 9. Était-il enceinte ? Était-ce un ancien demi de mêlée dans une équipe de rugby ? Avait-il développé un respect dévoué au 9 dans un certain rapport magique (le huit est pourtant plus commun mais enfin). Peut-être aimait-il l’idée d’une triple trinité,  dieu le père, le fils et le saint esprit multiplié par le père, le fils et le saint esprit ? Était encore une référence à l’aspect des bâtiments qui composent la rue Hélène Brion qui effectivement ne pourront pas réellement vieillir mais simplement se décomposer tant ils sont laids et construits avec des pièces de mécano un peu ternes ?

fonctionnaire

Raoul Tapotipotard, célèbre commissaire général adjoint commis à l’attribution protocolaire des numéros de Saint Brévin les Pins qui nous laissa le fameux adage, la glorieuse maxime qui guide le corps des attribueurs de numéros : « Ce que tu sautes d’un côté, tu le mets de l’autre » (il voulait bien entendu parler des chiffres pairs et impairs).

A l’inverse, chers amis, chers camarades -je veux dire chers lecteurs, il va de soi que vous êtes avant tout des lecteurs- bref, à l’inverse disais-je avant de dire n’importe quoi, à l’inverse, il se peut que la mairie ait limité le nombre de numéros de la rue Hélène Brion pour punir cette pauvre Hélène (Paix à son âme) qui n’en méritait pas tant. La mairie a peut-être gardé une dent contre cette ancienne syndicaliste et féministe. Regardons d’ailleurs le panneaux pernicieusement posé au coin de la rue pour indiquer son nom.

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Bien honnêtement, chers lecteurs, n’y a-t-il pas quelque chose d’artificiel dans ce panneau ? Ne dirait-on pas qu’il s’agit d’un hologramme posé là l’air de rien, comme pour ne rien graver dans le marbre, comme pour dire à cette pauvre Hélène : ta rue n’a déjà qu’un numéro, alors tiens-toi bien parce que tu es au bord de la disparition, on peut te faire disparaître d’un claquement de doigt. On entend vibrer entre les façades idiotes de la rue les sanglots longs d’Hélène Brion qui se voit refuser un droit plein et entier à l’existence.

« Et la pauvre Hélène était comme une âme en peine

Ne cherche plus longtemps la fontaine, toi qui a besoin d’eau

Ne cherche plus aux larmes d’Hélène, va-t-en remplir ton seau »

Aurait dit Brassens. Il est vrai que si on la pousse un peu, la pauvre rue Hélène Brion finira par se jeter dans la Seine (et ce ne serait pas la première fois qu’une rue poussée à bout se jette dans les flots. Il faut éviter le pire. Je vais déjà mobiliser Yopi la Bourboule, mon psychanalyste chien pour faire entrer la rue en analyse, prier Gina-Grasse de prendre son air obèse-royal pour annoncer cérémonieusement (on lui soulèvera adéquatement les bajoues pour qu’elle puisse proclamer à loisir) que de nouveaux numéros lui seront bientôt attribués. Enfin, Lili la Baronne sera mobilisée pour remuer le tout Paris afin que l’urgence humanitaire et sentimentale de la rue Hélène Brion émeuve jusque dans les cabinets secrets de la mairie.

Ou alors on abandonne tout et on la rebaptise rue 9. C’était Bobby .J. Bob en direct pour Kosmo.

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