Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob rue du Rendez-vous

Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob rue du Rendez-vous dans Bobby .J. Bob bobby.j.bob_2

Arf ! Ici Bobby, Bobby .J. Bob en pleine forme et en direct de la rue du Rendez-vous, à côté de la place de la Nation, mais l’urgence du direct ne m’interdit pas de préciser immédiatement qu’en réalité, je ne suis pas du tout rue du Rendez-vous mais dans une ses failles où l’on joue au billard.

Mais la langue est une chose tellement admirable et qui nous donne tellement de plaisir que je pousserai le détour jusqu’à ne pas vous dire exactement où se trouve le « Billard Nation » parce que parler de la rue du Rendez-Vous est agréable, qu’elle a un nom magnifique, que j’ai un petit frisson rien que d’en parler. Je vois à mes côtés Gina-Grasse qui bave avec un entrain tel que je pense qu’elle est d’accord avec moi -quoique Gina-Grasse soit la seule chienne que je connaisse qui soit tellement obèse qu’elle est incapable de voir sa langue et même de la laisser pendre élégament, comme nous faisons tous, nous autres, chiens, puisqu’il lui faut de l’aide pour soulever ses bajoues et parler. Mais bref, je disais avant de m’interrompre avec des considérations linguistiques, que je suis dans une salle de billard, accompagné de Gina-Grasse et du fameux psychanalyste-chien Yopi-la-Bourboule, pour comprendre ce qui se passe dans ses lieux étranges, sombres, glauques, incroyablement calmes, et dans lesquels pourtant, une tension particulière semblent saisir l’atmosphère.

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La rue du Rendez-vous le jour de la conception de l’arrière arrière arrière arrière grand mère de Yopi la Bourboule (on peut voir les canaillous s’ébattrent au fond à gauche.

Nous avons donc usé de ruse pour nous glisser subrépticement derrière un joueur et nous voilà dans un coin de la salle, en planque, en observation, et, cela va de soi, en direct. Alors, chers lecteurs, que se passe-t’il ? Par le chien, je suis sûr que vous brûlez de l’apprendre. Reprenons. Les joueurs arrivent de la rue du Rendez-vous (ah, que c’est bon de le dire), ils tournent dans une charmante petite impasse pavée aux angles inégaux mais vifs et ils entrent par une porte discrète dans une immense salle sombre. Ils grimpent quelques marches et se rendent dans un genre de guichet. Il y a aux murs des queues de billard de luxe et d’autres accessoires enrobés avec un soin quasi religieux dans des écrins de verre. Le bonhomme derrière le guichet paraît sympathique et gentil mais on doit le considérer comme un joueur supérieur puisqu’à la fin des parties, lorsque les joueurs sortent de la salle, ils passent systématiquement par le guichet, rendent les armes et payent le bonhomme. En un sens, c’est toujours lui gagne. En encaissant ses gains, il garde toujours le même visage impassible et bonhomme mais on se demande bien pourquoi il a encore gagné, et pourquoi parfois, comme dans une loterie, ce n’est pas lui qui offre des boules et qui paye les joueurs.

Mais l’essentiel du jeu semble se dérouler autour de grandes tables vertes. Les joueurs se penchent à tour de rôle sur ces grandes tables et frappent des boules avec de grandes queues de bois des boules très colorées, certaines rayées, certaines pleines, ils tentent d’envoyer ces boules dans des trous, et au bout d’un moment, quand il n’y a plus de boules pleines ou rayées, l’un d’entre-eux prend un petit air modeste et triomphe bruyamment dans un silence complet.

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Un habitué un peu caractériel.

Yopi la Bourboule : Ah ben oui, mais au fond, il y a des tables sans trous.

Bobby .J. Bob : Ca doit être pour les débutants.

Yopi la Bourboule : Ou alors, ce sont des tables pour les individus allergiques aux trous, des joueurs qui n’auraient pas passé le stade anal.

Bobby .J. Bob : Ou alors, ce sont des obsédés de la boule rouge puisque je remarque que sur ces tables, il n’y a que trois boules, dont une rouge qu’ils essayent à tour de rôle de toucher.

Yopi la Bourboule : Oui, mais en un sens, ça manque de variations. Comment réduire des gens à toucher toujours les mêmes boules ?

Bobby .J. Bob : Je ne sais pas mais en revanche, je préfère regarder les billards avec des boules de toutes les couleurs. C’est plus excitant. On peut faire des paris, dire allez les bleues et gagner si les boules bleues, la rayée et la pleine, sont rentrées à ce moment là).

Yopi la Bourboule : Et moi, je trouverai pertinent de poser l’hypothèse d’une autonomie de la boule. Parce que, bon, les boules, tu vois, des fois elles vont tout droit, des fois, elles font des courbes, des fois elles sautent, et même parfois, elles rentrent contre la volonté des joueurs, tiens, tu le vois celui-là, il grogne alors qu’il y a une boule qui est rentrée.

Bobby .J. Bob : La verte ?

Yopi la Bourboule : Non, la jaune.

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Bobby .J. Bob : Ouais, moi, j’étais pour la bleue alors je suis bien d’accord avec lui, c’est nul.

Yopi la Bourboule : La bleue, mais pourquoi la bleue, à quoi ça te fait penser, le bleu ?

Bobby .J. Bob : A l’équipe de France de rugby qui vient de perdre un match contre l’Italie, ce qui fait beaucoup de bleus d’un coup.

Yopi la Bourboule : Des bleus, des bleus à l’âme ? Le rugby a-t-il un lien avec ton enfance ?

Bobby .J. Bob : Et c’est le moment où mon psychachien m’emmerde prodigieusement parce qu’il ne sait pas jouer. Je reviens donc à la table n° 11 ou l’on voit que la bleue rayée est prise dans un coin alors que la bleue pleine se trouve exactement au centre de la table. Le joueur occupé à jouer se penche sur la table. On dirait qu’il veut s’allonger sur la table mais simultanément, il met un soin infini à ne pas effleurer la table de son corps concentré à l’extrême. Il va jouer et -quelle tension presque érotique dans cette façon de s’allonger sans toucher, de se tendre sans lâcher le coup- il va jouer, disais-je avant de m’interrompre érotiquement, et son coup part, la blanche exprime son désaroi par un petit cris sec, presque élégant, elle frappe la bleue du centre avec un cri très amoindri, puis elle semble perdre l’essentiel de son et dérive, presque ivre. La bleue dérive tout doucement avec un angle que je n’aurais pas imaginé et pénètre dans un des deux trous centraux. But ! Youpi ! Hop tagada, j’ai gagné ! Ah, joie, pleurs de joie, quoique, je modère ma joie parce que cet odieux joueur a l’air bien content de la nouvelle position de la blanche et il s’apprête à jouer la boule noire pleine, et pas du tout ma favorite bleue rayée. C’est une honte, un scandale, c’est pas celle là qu’il faut jouer. La blanche part avec un cri étouffé, elle effleure la noire avec une rapidité effrayante, c’est un contact baclé, la noire s’approche du trou mais ne daigne pas y entrer, comme si elle estimait qu’on ne lui avait pas consacré assez de force. L’angle est bon mais il y manque la force tandis que la blanche poursuit sa course folle et va se lover tout près de la bleue comme si elle voulait confirmer mon choix, c’est la rayée qu’il fallait jouer, non mais oh ! Elle touche la rayée, ma rayée s’envole, elle fonce vers le coin opposée, allez la bleue, allez la bleue ! Arf ! Bleue ! Arf  ! Bleue ! Argh, la diagonale était presque la bonne mais voilà ma pauvre bleue coincée dans le coin opposé. Quelle misère, quel imbécile, quel mauvais joueur !

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Yopi la bourboule : Est-ce qu’il faudrait pas soulever les bajoue de Gina-Grasse, elle fait beaucoup de bulle… (Ils soulèvent effectivement les bajoues pour la laisser parler).

Gina-Grasse : Espèce d’imbécile, il n’a pas joué la bleue rayée parce qu’il n’a pas le droit, il joue les pleines et comme il les a toutes rentrées, il doit rentrer la noire pour gagner la partie.

Bobby .J. Bob : Tu sais jouer au billard, toi ?

Gina-Grasse : Ben évidemment, espèce de tanche, il suffisait de me demander.

Bobby .J. Bob : Et c’est là qu’on voit la supériorité absolue du reporter-chien sur le reste du monde !

(Bobby ayant lâché son côté des bajoues, Yopi croule et craque)

Yopi la Bourboule : J’ai peur de pas comprendre ce que tu veux dire.

Bobby .J. Bob : Ben oui ! Tu me donne un jeu, j’en trouve deux, et qu’on peut partager avec les masses populaires. Tout le monde peut crier « allez les bleues » en regardant une boule filer vers un trou, alors que jouer au billard, c’est un sport d’élite. C’est faire du journalisme pour les masses. C’est ma contribution au bien public. Tu comprends ? Non ? C’est pas important. C’était Bobby .J. Bob pour Kosmo en direct du billard Nation.

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