Kosmolitt // Microfiction // Bobby .J. Bob rue Quincampoix

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Arf ! Que Bobby, il a le blues du rhum. Qu’il est à demi-mort pour avoir trop respecté son devoir absolu de reporter-chien pour pousser l’investigation jusqu’au bout. Eh bien en vérité, je vous le dis, pour épuiser la rue Quincampoix, il faut, chers amis, chers camarades, abandonner un peu de son foie, s’alléger de quelques pièces et mourir en paix dans les vapeurs de prunes. Or donc, chers lecteurs, le pire avec l’alcool, de prune ou pas, le pire disais-je avant de m’interrompre pour ne rien dire, le pire avec l’alcool, c’est comme avec l’amour, c’est qu’on n’en meurt pas. On se contente poussivement d’en souffrir.

slivovitz Art Brut dans Kosmolitt

Alors voici le début de l’histoire pour que vous me suiviez bien -mais pas trop tout de même, j’ai mon intimité. J’étais rue Quincampoix dans le but louable et traditionnelle d’investiguer les ruelles parisiennes pour vous donner l’occasion de perdre du temps à me lire. Je furetais -ce n’est pas une formule poétique, nous autres reporters-chiens, nous furetons pour de vrai, ce qui consiste à avancer avec le nez vraiment devant les pattes arrières, ce dont vous êtes incapables- et voilà que je tombe sur ce bistrot très parisien, tapissé de photographies et de poster des Têtes Raides (à croire que les deux gérants, Milan et Sacha, ont une relation avec le fameux groupe folklorico-punk). N’écoutant que mon flair, j’entrais pour attendre le scoop, pour guetter l’actualité avec un petit noir -c’est une image, il n’y avait personne au comptoir-, avec un petit noir bien serré. Les patrons mettent une ambiance vaguement balkanique, il y a quelque chose de serbe dans l’air, des assiettes de charcuteries circulent accompagnées de petits verres d’un liquide qui a la couleur du cognac mais qui n’est probablement pas du cognac.

C’est louche. En effet, qu’est-ce que c’est cette histoire de cognac qui n’est pas du cognac ? Précis, concentré, j’observais tout, je reniflais tout sans bouger de ma place. Je repérais un visage familier éminement louche. Une vieille dame aux cheveux rares, vendeuse de fleurs ambulante (c’est la dame qui est ambulante, pas les fleurs, quoique, et pourquoi pas), vendeuses de fleurs ambulantes, disais-je donc. Or cette femme, je l’ai déjà croisée dans un bus pour Belgrade et dans le bus, tout le monde la connaissait et la regardait comme un personnage important. Quelles obscures manigances se cachent sous cet innocent visage de grand-mère sympahique, seuls les dieux parisiens le savent, eux qui la voient souvent vendre ses fleurs ambulantes aux Trois Mailletz ou dans les autres cafés du quartier Saint Michel. Ici, elle se repose, mais je le sens, elle conspire en silence.

Mais revenons à cette sombre liqueur qui au moment que je vous décris est au coeur de mon attention, le fameux pseudo-cognac dont je commence à sentir qu’il est probablement à la prune. Elle est là, obsédante, tournant sur les tables (à moins que ce ne soient les tables qui tournent rétrospectivement, mais n’allons pas trop vite en besogne). Elle provoque des comportements que la morale réprouve, du moins la morale de reporter-chien dont je m’enorgueillis. Bouh ! Que ne voit-on pas ? On voit des gens qui s’embrassent presque spontanément, avant même de tomber amoureux ; on voit des amoureux qui boudent ; on voit des confiances folles se tisser entre deux gorgées et des amitiés millénaires se dissoudre comme si de rien n’était. Bref, c’est tout à fait n’importe quoi.

Par souci de salubrité publique, pour protéger les consommateurs qui par définition ne savent pas ce qu’ils font, je fais signe au serveur de me servir un verre de cette chose qui semble émietter la vie normale et rassurante des comptoirs parisiens. Il faut tester. Il tique un peu de se voir commander un verre par un chien, mais par bonheur, il est encore plus chargé que ses clients (à la blanche ou à l’alcool, impossible de le dire). Par conséquent, et après une courte hésitation, il se décide à servir un chien. Je vois au passage, grâce aux fulgurances de mes yeux professionnels, la marque du breuvage dont restera, pour le meilleur et pour le pire gravé au plus profond de ma mémoire : Slivovitz (au comptoir, au bout de la deuxième, ou de la première si l’on est habitué, on commandera une « chlivô », suivant en cela une tradition propre à la rue Quincampoix).

Eh bien, chers lecteurs, le scoop, le voici, le voilà, la slivovitz, c’est très fameux mais c’est justement ça le problème. Six verres plus loin et poussé par votre redoutable instinct animal, vous ressortirez fumer une cigarette. Méfiez-vous, c’est le meilleur endroit pour vous faire inviter à boire un verre.

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Mais par acquis de conscience et pour que mon reportage soit réellement complet, je me suis fait offrir un verre -contre la promesse implicite que la prochaine était pour moi, suivant en cela une tradition à peu près universelle, comme quoi, hein, l’universalité, à quoi ça tient… Bref, c’est là, titubant, rompu, défait, confondant la ruelle avec un torrent infranchissable, c’est là, au milieu de la rue Quincampoix, le corps imbibé de Slivovitz (qui est effectivement une liqueur de prune), c’est là que fou et terne, ivre et fatigué, dansant follement sur un pied branlant, avec mon grand sourire d’animal, c’est là que je me suis assis sur mes pattes arrières, que j’ai regardé la lune et que j’ai eu le blues du rhum. Au moins, avec le rhum, je suis malade bien avant que d’être saoul. Avec la Slivovitz, c’est exactement le contraire.

D’ailleurs, la lune, parlons-en de la lune. N’est-ce pas une mauvaise camarade pour nous autres reporters-chiens. Pas une seule petite actu depuis que cet imbécile en scaphandrier a fait une déclaration sur les petits pas et les grands pas.

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Mais je divague, je divague… Reprenons. Alors que je sortais de cet honorable rade qu’au demeurant je ne vous recommande pas -je ne supporte pas de voir mes bars préférés envahis d’incongrus- en sortant de ce bar, nous avons rencontré un grand chemin de fer qui nous a emmenés tout autour de la terre dans un wagon doré, ah non, c’est pas ça, je me perds dans mes pensées, ne blâmez que la Slivovitz, je suis innocent, en sortant de ce bar, je suis tombé en arrière et j’ai eu le blues. Mes pensées m’ont renvoyées en enfance, aux temps mignons où je portais des culottes courtes et où je jouais aux billes (pour un chien, tu parles si c’est pratique).

En ce temps là je vouais une admiration sans borne à une jeune professeure de chant, délicate et belle, et qui possédait une collection de cent trente cinq visages dont je n’ai jamais compris l’agencement. Je n’ai de toutes les manières jamais rien compris aux femmes, je laisse ça aux hommes, ça a l’air trop compliqué pour un pauvre reporter-chien. Je me contentais de la regarder respirer.  Elle s’appelait probablement Mademoiselle Quelque chose mais moi je l’appelais Promenade parce que ma promenade quotidienne de l’époque me donnait souvent l’occasion de la croiser devant une école de quartier où elle enseignait. Avec quelle docte légèreté elle me lançait un regard avant de disparaître, emportée par la foule comme dirait l’autre. Pour que le portait de la rue Quincampoix soit tout à fait complet, je dois vous donner une des bribes de ce souvenir que mon infatigable tenacité de journaliste m’a permis de retrouver dans les archives de radio-france. Ma Promenade y chante une chanson sur la lune, lune que je regardais depuis la rue Quincampoix, assis, avec le blues du rhum. Elle y chante avec un imbécile heureux -puisqu’il chantait avec elle-, mais peu importe, cette petite chanson enfantine fera volontiers quelques pas avec vous quand vous sortirez pleins de rêves et de Slivovitz de cette honorable institution parisienne.

C’était Bobby .J. Bob en direct de la rue Quincampoix, à vous les studios.

fichier wmv belle lune

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