Kosmopolitique// Billet d’humeur // Psychanalyse du cheval

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L’actualité agglomère. Au moment où certains pères divorcés manifestent leur révolte parce qu’ils se sentent tenus à l’écart de leur enfant, Sigmund Freud nous permet de découvrir que le scandale du minerai de cheval contient en puissance un meurtre définitif du père. Au terme d’une ébauche de psychanalyse du cheval, on découvre que manger à ce point là de la merde correspond à piétiner le cadavre de notre père.

sigmundfreud cheval dans Kosmopolitique

Dans le quatrième chapitre de Totem et tabou consacré au retour infantile au totémisme, Sigmund Freud s’interroge sur l’origine des religions et plus particulièrement sur l’origine du totémisme, dans le cadre plus général d’une réflexion sur le complexe d’Oedipe. On peut résumer son hypothèse de cette manière : quand l’humanité n’était qu’une horde primitive, les humains vivaient comme une troupe de singe, avec un père, mâle alpha, dominant par sa force et sa jalousie les autres hommes, plus jeunes et plus faibles et possédant ainsi l’exclusivité de l’activité sexuelle. L’exogamie étant assurée, dans cet état animal, par la jalousie du père. Mais un beau jours, des jeunes frères qui s’étaient jusque là contentés de rapports homosexuels se liguent et tuent le père pour avoir accès aux femmes.

Face à ce meurtre, au-delà de leur culpabilité, les frères sont confrontés à deux graves problèmes qu’on peut résumer en un seul : ils ne peuvent se battre pour les femmes (leurs mères et leurs soeurs) sans retomber dans l’état précédent et s’entretuer. Ils instaurent donc deux interdits essentiels pour éviter de s’entretuer, interdit de tuer le père et interdit de l’inceste (qui est aussi une obligation de l’exogamie, il faut aller chercher les femmes à l’extérieur). Ces deux lois fondamentales marquent l’entrée de l’humanité dans l’état de société et forment l’architecture élémentaire de toute culture, du moins selon Freud.

Pour célébrer ce nouvel état de fait et porter le deuil du père, les frères organisèrent la première fête, dans laquelle le totem était le père, qu’il fallut manger (après l’avoir tué). Le premier totem et le premier sacrifice fut donc, toujours selon Freud, le Meurtre du Père, père que l’on partagea et que l’on ingéra pour partager la culpabilité.

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Suivant cette interprétation, le totémisme et plus spécifiquement le sacrifice -humain puis animal- est toujours une re-présentation du meurtre du père et de l’instauration des deux tabous fondamentaux : le meurtre et l’inceste. En tuant un animal, on tue le père et pour rendre cette symbolique efficace, on s’identifie d’abord à l’animal sacrifié au cours d’un rituel complexe, puis on en portera le deuil, on pleurera l’animal sacrifié. Chez les Athéniens, lors de la célébration des Bouphonies, on allait jusqu’à organiser un procès pour découvrir le coupable du meurtre avant de désigner le couteau comme coupable et de le jeter à la mer (toujours selon Freud).  Ce motif de la culpabilité aurait été interprété différement dans les religions monothéistes. De manière paradigmatique, le motif chrétien de la communion reprendrait ces éléments, être un en Jésus qui s’est sacrifié sur l’autel de la faute originelle des humains envers dieu le père. Manger de la viande sacrifiée rituellement, et donc de manière plus générale, manger de la viande, c’était la plupart du temps ingérer le corps du père, célébrer ce meurtre en l’intégrant, mettre en commun par l’ingestion commune le crime fondateur qui semble être, dans la perspective freudienne, l’invention de la société ou de la culture.

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totem-et-tabou Kosmopolitique

Restons-en à ces quelques idées élémentaires, posant l’assimilation de l’animal sacrifié à la figure du père, dans le cadre d’un meurtre symbolique et ritualisé. Que se passe-t-il lorsque l’on se nourrit de viande sans sacrifice, sans s’assimiler à ce que l’on mange ? La dernière assimilation symbolique à la nourriture dans notre pays se déroulait jusque dans les années 1950 dans le rituel funéraire du banquet funéraire. On disait alors régulièrement qu’on mangeait le corps du mort comme pour mettre en commun le deuil, la tristesse, la culpabilité tout en faisant bombance.

Aujourd’hui, l’animal est sacrifié non pas selon un rituel mais selon un protocole industriel, il est ensuite réduit en sous-produits (pièces découpées pour les plus riches d’entre-nous, autres produits pour les autres). Dans l’affaire Spanghero, la « viande » incriminée est constituée de pains de minerai de cheval. En d’autres termes, il s’agit de miettes de miettes compactées -des miettes de rognures et de cartilages broyées en compactées dans des pains de viandes. On achète toujours de l’animal abattu -sacrifié- mais cette viande, cet animal mort et partagé ne peux plus en aucun cas être assimilé au père et encore moins à nous. Cette viande n’a pas de sang. Elle n’a qu’un rapport symbolique avec l’animal dont elle vient (puisqu’elle vient de plusieurs abattoirs). Elle vient d’animaux qu’on a désymbolisés, dépersonnalisés (ce qui n’est pas la cas dans une procédure d’abattage casher ou hallal puisque l’animal faisant l’objet d’un rituel est reconnu en tant que créature de dieu, sinon en tant que personne.

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L’animal industriel n’a plus cette valeur symbolique, elle masque le crime, elle nous fait perdre une occasion de communier (de fêter et de partager la culpabilité) l’invention de la culture, et en des termes plus freudiens, elle nous interdit de célébrer le père. C’est de la matière neutre et morte dont on peut connaître la valeur nutritive où l’origine sans pour autant que cela ne dise rien de l’animal que l’on partage.

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Faudrait-il inventer une nouvelle signification de l’ingestion de viande en commun ? Quelque chose comme un rituel minéral, un culte de la pierre puisque l’on parle de minerai de viande ? Ou renoncer à célébrer l’immense réseau d’interdépendances vides de contenus symboliques qui forment aujourd’hui ce que l’on expérimente comme une société ? Par quelle astuce culturelle allons nous redonner au fait de manger de la viande le pouvoir de célébrer la naissance de la culture, réinventée dans chaque action sociale ?

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Apocalypse Now, scène du sacrifice (aller au deuxième tiers de la vidéo)

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Demandons leur.

abattoir psychanalyse

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