Critique et actualités

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Nuit d’été

Cette pièce de David Greig est jouée jusqu’au 24 février, à la Manufacture des Abbesses et cette mécanique bien rodée entre la romance punk, le road-movie, le cabaret, mâtinée de délicatesse, de porno comique et de cuite vaut le détour.

C’est l’histoire d’une nuit d’été. Une nuit ivre à Edimbourg-plusieurs nuits ivres- dans une ville miracle, sous la pluie écossaise, dans l’espace qui sépare le pub de Bob et le lit d’Héléna. Une nuit où l’on va s’acharner à passer les bornes, méthodiquement, sans être dupe de cet héroïsme du samedi soir.  L’histoire est d’un classique absolu, c’est un amour impossible (elle est avocate, peut-être enceinte, n’a pas envie de s’engager, c’est un petit voyou pourchassé par ses patrons et son gros secret…), un amour caricaturalement impossible, rendu possible par la suspension du temps et une véritable rencontre. Mais aussi bien dans le texte, la mise en scène que dans le jeu d’Héléna (Patricia Thibaut ) et de Bob (Renaud Castel), rien n’est surjoué, rien n’est lourd ou pathétique. Rien ne vient interrompre le rire et la sympathie complète que ce rire inspire pour les personnages et au-delà, pour les comédiens.

Le texte a beau être acide, il est bon et il vous laisse des marques plaisantes. Il vous rappelle benoitement qu’on ne vit pas que pour vieillir et que les océans qui séparent les passants qui se croisent savent très bien se changer en lune de miel. David Greig (traduit par Dominique Hollier) semble savoir jouer de tous les styles mais ce qui est plus impressionnant, c’est qu’il use ses différents talents en même temps. Le texte est à la fois caustique, drôle, acide, délicat, bourru, au premier degré, à la limite du guignols, dramatique, il revient au spectateur de choisir son interprétation du texte. Le travail du metteur aura probablement accentué avec bonheur ce caractère du texte.

Bob (Renaud Castel), en polymorphe jubilatoire, modèle l’humeur du spectateur à volonté. Il joue de la guitare, joue Bob, vient interpeller le spectateur, fait le clown, et les éclats de sa voix scandent littéralement le déroulé de cette partition. Mais la voix, la voix qui pose l’écart a priori infranchissable entre les deux amants, c’est celle de Patricia Thibaut. Cette voix est grave, un peu rauque, elle applatit littéralement Bob. Patricia Thibaut campe -c’est littéralement le terme – son personnage dans un registre hautain et fragile, snob et punk, c’est parfait. Elle s’enferme avec une précision chirurgicale dans les attitudes guindées d’une jeune bourgeoise en mal de vivre : sensualité codée, sexualité codée, sentimentalité codée, comme si son personnage était habitée par les personnages de Sex and the City tout en y injectant une nuance punk charmante.

Dans sa note d’intention, le metteur en scène Nicolas Morvan nous indique que la pièce est un hymne à la liberté : « Est ce qu’à trente cinq ans on est capable de tout envoyer en l’air ? De s’autoriser à réaliser nos rêves les plus fous ? Ou bien est-il déjà trop tard ? ». Par bonheur, ce n’est pas du tout ce qu’il a fait. Aucune succession de poncifs sur les trentenaires ou sur la liberté ne vient réellement polluer la mécanique grisante de la pièce qui demeure une comédie vive et émouvante.

Entre les chansons, les saynètes, les interpellations, les flash-back, c’est une ville qui naît sous nos yeux, avec ses ressources, sa folie propre, son rire sans gêne, ses recoins tarés, ses salons de bondage japonais, son banc dans un parc, ses gothiques miraculeux, et son clochard qui colle aux doigts en radotant, un mégot aux lèvres, que surtout, surtout, il ne faut pas fumer !

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On regrettera quelques broutilles. Héléna chante avec des accents mixtes cabaret-country-sentimental qui n’ajoutent rien et au contraire nous éloignent un peu de l’humeur générale de la pièce. On lui pardonnera. La perpétuelle recherche de connivence avec le public de Bob créé parfois un décalage et  finit par le priver de toute sa profondeur de petite frappe, de petit voyou de fond de bistrot. Enfin une ou deux bizarreries  de traduction, morning glory étant traduit « gloire du matin » quand gaule du matin aurait été plus juste. On pardonnera aussi parce que cette scène où Bob doit faire un profond examen de conscience parce que sa bite se dresse devant lui, l’empêchant de se soulager, ce dialogue entre un Rocco paumé et sa bite en mal de couple stable, de petites mains familières auxquelles elle pourrait s’habituer, eh bien cette scène est excellente.

Le décors est simple, presque ascétique, et c’est au spectateur de modeler, de recréer par un effort d’imagination les univers traversés, mais on y parvient sans effort, et avec un certain plaisir, tenu comme par la main par une mise en scène à la fois méticuleuse et intelligente.

Pour tout vous dire, en sortant du spectacle, j’ai voulu « dormir dessus » avant d’écrire ces lignes. J’ai fait des rêves superbes et qui ont réinventé à ma place la ville que j’habite et les nuits que j’y ai vécu. La pièce n’y est pas pour rien et je vous souhaite d’aussi belles nuits d’été.

Bref, et s’il fallait le préciser, la rédaction de Kosmo vous recommande vraiment cette pièce.

Nuit d’été

Texte de David Greig, musique de Gordon McIntyre

Mise en scène par Nicolas Morvan

Avec Patricia Thibaut et Renaud Castel

Jusqu’au 24 février 2013, Jeudi, Vendredi et Samedi à 21h, le dimanche à 17h.

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