Billets d’humeur

L’homme armé, 6 février 2013

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Entre la NRA, la guerre au Mali, la Syrie, l’actualité est peuplée d’hommes en arme -a-t’elle jamais cessé de l’être ?-. Mais penser le port d’arme depuis la France a ceci de particulier que nous sommes presque tous totalement désarmés. Qu’est-ce qu’un homme désarmé ? Quelles sont les conséquences de notre désarmement ? Devrait-on être armé ? De quoi se prive -t-on en renonçant aux armes ? Qu’y gagne-t’on réellement ? Quelle est l’histoire de l’homme armé ?

 

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Au lieu de faire une histoire forcément partielle de l’organisation militaire, ou une histoire plus partielle encore du rapport entre citoyenneté et métier des armes, je me propose d’adopter une perspective biographique plus simple. Aux premiers temps de  l’enfance, le port d’arme est presque obligatoire. Un pistolet à eau est toujours un pistolet mais les petits garçons comme les petites filles voient sans cesse des fictions mettant en scène des héros armés, quand ce ne sont pas les armes elles-mêmes qui sont les héros (Goldorak étant une arme héroïque, Cobra mi-homme mi-arme, Robocop pour ceux de ma génération). Il n’est que peu de contes folkloriques qui ne mettent en scène des princes ou des héros qui décapitent des armées ennemies, la version la plus moderne de ces contes s’exprimant dans le Seigneurs des Anneaux. Je ne parle même pas ici des jeux vidéos. Bref, pour le dire très rapidement, dans l’enfance, un apprentissage minimal de l’usage des armes semble être un passage obligé pour devenir un bon petit garçon. Pour avoir passé quelque temps aux USA dans mon enfance et avoir été à l’école dans le New Jersey à l’âge de sept ans, je puis témoigner de ce que, à ce stade, les représentations des petits français et des petits américains ne sont pas drastiquement différentes, quand bien même en Amérique du Nord, un apprentissage concret de l’usage des armes pourra prendre place rapidement.

 

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Toutefois, un enfant ne fait pas nécessairement la différence entre savoir se servir d’une arme et croire ou rêver qu’il est capable de se servir d’une arme. Qui plus est, même sous nos cieux désarmés, un apprentissage minimal de l’usage des armes a souvent lieu quoique de façon discrète. Un ami me parle des armes de son père, tel autre a été à la chasse, tel autre est passionné du tir dans les fêtes foraines, etc. En ce qui me concerne, un compagnon de ma grand-mère m’enseigna dès sept ans l’usage des armes à feu en me parlant de la résistance grecque de la seconde guerre mondiale avant de parfaire cet enseignement lors de séjours au Canada, avec des armes de chasse. Il me semble donc que l’on peut dire que les enfants sont des « Hommes armés » en ce sens qu’on leur enseigne l’existence et l’usage des armes. Pendant cette période, l’arme a un sens particulier :

 

-Elle permet d’être le justicier.

 

-Elle permet d’être le protecteur.

 

-Elle permet de prendre le pouvoir symboliquement.

 

-Elle permet une puissance illimitée, au moins en rêve ou en jeu.

 

-Elle permet au moins fictivement de faire jaillir un nouveau système de droit.

 

-Elle familiarise avec l’idée de la mort.

 

A l’adolescence, la valeur de l’arme change radicalement. L’arme à feu ou le rasoir, dans un contexte français, cesse d’être des moyens d’exprimer une violence vers l’extérieur pour se transformer souvent en moyens de se supprimer, se tirer une balle dans la tête ou se trancher les veines. Dans certaines cultures populaires, le « gun » va rester un objet de fantasme, donner un sentiment de puissance, rapprocher d’une culture gangsta. La plupart du temps cependant, dans les socialisations adolescentes, l’arme est essentiellement vue comme un échec, un objet de consolation pour ceux qui ne sont pas capable de performances amoureuses, sexuelles, sociales ou scolaires. Ils joueront donc avec leurs armes (virtuelles ou réelles) pour se donner le sentiment d’une puissance qu’ils ne sont pas capables d’acquérir par des moyens « normaux ».  Ce jugement moral me paraît diffus mais comprend essentiellement une condamnation condescendante du sentiment de toute puissance ou du fantasme de justicier de l’enfant armé. Même dans les prémices de l’engagement politique, celui ou celle qui s’amuserait à faire référence à l’usage des armes sera immédiatement accusé de se livrer à des enthousiasmes romantiques et en un sens naïfs et pitoyables.

 

Cette maturation est essentielle parce que l’âge adulte, en France, est aussi essentiellement un âge sans arme, un âge désarmé. Le citoyen ou la citoyenne adulte est un être désarmé. La question n’est pas de savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose, ni même de comprendre le « sens » d’un tel désarmement, mais simplement de le mettre en perspective avec l’histoire complexe de l’homme armé, ou du citoyen en arme.

 

Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, l’usage des armes permet de chasser et/ou de protéger le bétail. La guerre est aussi souvent le moyen essentiel de mobilité social, le seul moyen d’acquérir du prestige ou de changer de statut social dans des sociétés essentiellement horizontal. Dans les sociétés occidentales modernes, l’usage des armes ne sauraient recouvrir les mêmes usages. Les forces de l’ordre assurent la protection des biens et des personnes et une multiplicité de statuts très hierarchisés permettent une évolution sociale en dehors de la guerre.

 

Dans des cités-états sur le modèle grec ou sur le modèle florentin, le métier de soldat accompagne immédiatement le métier de citoyen et cette militarisation du citoyen recouvre trois enjeux essentiels : assurer une forme d’égalité entre les citoyens, assurer l’autonomie militaire de la cité (les mercenaires ou les esclaves étant chers pour les premiers et imprévisibles de manière générale), donner à la cité un modèle de fonctionnement, une forme de discipline intégrée, ou si l’on permet la formule, intégrer une part de rationalité militaire dans la vie civile.

 

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Ces trois utilités de l’homme en arme sont tombés en désuétude dans les cités modernes. D’une part, ces dernières possèdent des armées de métiers extrêmement réduites en nombre mais prodigieusement efficaces, l’égalité des citoyens est assurée au moins en droit et la rationalité du fonctionnement social est inspiré par de nombreux autres modèles de fonctionnement. Toutefois, il est bien une fonction de l’homme armé qui n’est pas désuète bien qu’elle soit abandonnée en France, et qui fait l’objet d’une étrange revendication explicite aux USA.

 

Les citoyens en armes peuvent résister à la tyrannie et constituent une veille permanente contre la dérive du pouvoir. Dans un excellent article du monde diplomatique de Février 2013, Benoit Bréville écrit :

 

« Le droit aux armes inscrit dans le deuxième amendement fut pensé, au XVIIIe siècle, par des intellectuels éclairés de la côte est. Il n’était alors ni culturel, ni individualiste, mais politique et émancipateur, et s’inscrivait dans une longue tradition, largement oubliée aujourd’hui. Pendant des siècles, les armes furent en effet perçues comme un symbole de liberté :  c’était l’épée que recevait le serf sous Henri I d’Angleterre (110-1135) quand son seigneur l’affranchissait ;  le fusil qui manquait aux esclaves français, interdits -selon l’article 15 du code Noir (1685) de « porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation ». Si les pères fondateurs ont permis à tout citoyen de s’armer, ce n’était pas pour « combattre les Anglais » mais pour lui permettre d’exercer un droit à leur yeux fondamental : celui de résister à l’oppression.« 

 

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Nous avons progressivement (problement symboliquement depuis la Commune) abandonné ce droit. Les citoyens français sont devenus désarmés sans pour autant devenir pacifiste (pas une voix authentiquement pacifiste ne s’est publiquement exprimée au moment du déclenchement des hostilités au Mali, du moins pas à notre connaissance). En revanche, il s’est désaisi des armes pour influer sur le souverain. Avec quelle conséquence ? Probablement très peu. En France, on ne tire pas sur les forces de l’ordre lors d’une manifestation ou d’une émeute (du moins la plupart du temps), on ne forme pas de milice, on n’attaque pas les lieux du pouvoirs, mais aux USA non plus. Si certaines émeutes, certains quartiers peuvent mettre les forces de l’ordre en difficulté, on n’a pas observé depuis la guerre de sécession et la Commune de résistance collective telle qu’elle fasse trembler les fondements de l’état et-ou renverse un régime considéré comme illégitime, du moins dans ces deux pays (pas plus qu’au Brésil ou en Argentine).

 

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La question n’est pas de savoir si un peuple en arme peut ou ne peut pas défaire une armée régulière. Les milices bourgeoises en France ou les milices aux USA portaient pour les unes ou porte encore l’idée d’une vigie armée, d’une garantie citoyenne sur le souverain. Les milices américaines ou la NRA ne sont bien évidemment pas les garants réels du caractère démocratique de la démocratie américaine. En revanche, en un sens, ils font partie des ingrédients qui font de cette démocratie une démocratie « américaine ». La démocratie française faîte d’êtres désarmés fait le pari d’un engagement politique spontané dans un cadre prédéfini. Le citoyen ou la citoyenne qui réprouve absolument le mode de régulation des conflits déjà en place n’a d’autres ressources que le retrait dans la marge. Le simple fait de posséder une arme habilite symboliquement ou réellement les américains à organiser autour d’eux une souveraineté conccurente, ou plus légitime, par le biais de la milice ou du gang. Le désarmement fixe la souveraineté tout en déployant une gigantesque inertie, laissant le choix entre le consentement et le désengagement, la mise entre parenthèse de son rapport à la vie politique. Quelle que soit sa valeur morale ou sociale, cette arme de « l’homme armé » est aussi une convocation au politique. Et qu’on ne me ramène pas une citoyenneté philosophique, antique. Socrate était un homme armé, les citoyens romains aussi.

 

Par quoi remplacer l’arme ? Par quoi remplacer cet objet-symbole qui rappelle à chacun sa qualité politique et sa responsabilité politique ? C’est la principale difficulté de la vie désarmée. On ne mobilise plus par l’urgence de la vie et la mort, mais seulement au rythme lent et laborieux des procédures démocratiques représentatives. Il se peut que seule une démocratie directe et locale puisse mobiliser avec la même intensité qu’une arme. Mais comment défendre la démocratie directe et locale contre les pouvoirs centraux. Comment faire tenir la souveraineté locale ? Avec le bon vouloir et la culture politique des élites politiques dominantes ? Par la mobilisation des masses ? Utopie ou proposition antinomique.

 

N’est-ce pas ce qu’il y a penser aux sujet des armes ? Par quoi remplacer ce stimulant érotico-morbide de la vie civique et de la souveraineté ?

 

AD.

 

PS : l’article de Benoit Bréville dans le Monde Diplomatique : « De Robespierre à Charlton Heston »

 

PPS : Le titre est tiré d’une messe composé par Guillaume Dufay (Missa L’homme armé) sur la base d’un chant de recrutement composé pour les armées de Charles le téméraire. On allait chanter sur les places des villages de Bourgogne :

 

« L’homme, l’homme, l’homme armé,

 

L’homme armé doit-on douter ? Doit-on douter ?

 

On a fait partout crier que chacun se viegne armé d’un haubregont de fer

 

« L’homme, l’homme, l’homme armé,

 

L’homme armé doit-on douter ? Doit-on douter ?

 

Le tube a fait le tour de l’Europe, faisant l’objet d’une soixantaine de reprises pendant la Renaissance.

 

 

 

LGBTQIA, le 11 janvier 2013

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Un article du NY Times m’apprend qu’il ne faut plus dire LGBT mais LGBTQIA. Pour être plus précis, que l’acronyme LGBT n’est plus suffisant, qu’il est has been voir qu’il est suspect puisqu’il peut laisser croire que les mots qui le composent (Lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) désignent une préférence sexuelle et non une identité sexuelle.

Qu’apporte le QIA ? Q pour Queer ou questionning, I pour Intersexuel ou hermaphrodite et A pour asexué ou Allié (à la cause, j’imagine). Il convient, selon les promoteurs du nouveau sigle d’associer chacun de ses états à une identité sexuelle, à un genre. Il y aurait donc les hommes (hétéros), les femmes (hétéros), les lesbiennes, les gays, les bis, les trans, les hésitants, les hermaphrodites et les asexués. Imaginez un peu ce qu’aurait donné la fameuse chanson de Françoise Hardy « Tous les garçons et les filles de mon âge » si cette nouvelle classification avait été en usage. « Tous les garçons et les filles et les gays et les trans et les bis et les autres -mélodie-Tous les asexués et les hermaphrodites -il faudrait pas j’en oublie… ».

Tous cela est bel et bon. On comprend assez facilement qu’en associant leur représentation à celle des hermaphrodites, en militant avec des promoteurs du nouveau LGBTQIA, certains homosexuels réclament un changement de classification. En effet, l’hermaphrodisme n’est pas une pratique sexuelle, ce n’est pas même un choix, c’est un état de naissance qui n’entre pas dans la classification biologique simple masculin-féminin. Car en effet, même dans l’hypothèse d’une homosexualité qui serait héritée biologiquement et ne relèverait en rien d’un choix, un homosexuel de sexe masculin reste un homme qui ne se distingue que par sa pratique sexuelle, ses goûts son attirance pour tel ou tel type de partenaire.

Ici, on produit une essentialisation à partir du sexe. Pourquoi pas. Le nouvel acronyme et la nouvelle conception de ces réalités sexuelles a trouvé aux USA un ancrage institutionnel.  Ainsi, un article de Rue89 nous apprend que :

« Plusieurs exemples de l’institutionnalisation du nouveau sigle : l’université du Missouri, Kansas City, a par exemple un centre de documentation (L.G.B.T.Q.I.A. Resource Center). Le Vassar College offre des LGBTQIA Discussion Group les jeudis après-midi. Lehigh University accueillera sa deuxième LGBTQIA Intercollegiate Conference le mois prochain, etc. Amherst College a ajouté un A à son centre LGBTQQIAA , préférant ne pas mélanger les « alliés » et les « asexuels ».

Bon. Mais si on doit redéfinir la notion de genre et celle d’identité à partir des pratiques sexuelles ou de ce qu’on devra désigner comme de nouvelles identités sexuelles, il va falloir reconsidérer l’ensemble des catégories. Je propose donc

L : Lesbiennes

G : Gays

B : Bisexuels

T : transexuels

Q : queers

H : hésitants

I :  intersexuels, hermaphrodites

A : asexuel

H : hétérosexuel

M : hétérosexuel exclusif

A : adultérin

A : abstinent

B : Branleur

V : vaginale

C : clitoridienne

A : anale

M : matinale

N : nocturne

EI : éjaculateur interne

EE : éjaculateur externe

S : sado-masochiste

Voilà. Cela donne ce nouvel acronyme que je laisse à votre aimable appréciation : LGBTQIAHMAABVCAMNEIEES, ce qui est à la fois pratique, euphonique et qui n’est absolument pas angoissant.

Je suis bien conscient de ce que la mise en cause de la classification sociale est un moteur central de la vie politique et que les militants de la cause LGBTQIA luttent contre des discriminations insupportables mais dans ce développement de la classification, il y a aussi une violence symbolique faite aux bêtes hétéros. Les voilà essentialisé sur la base de leur pratique sexuelle, celle-ci devenant ue identité sexuelle. Il se trouve que je considère être un humain avant d’être un homme, un homme avant d’être un ami, un fils, un frère et un citoyen, un ami, un fils, un frère et un citoyen avant d’être un hétérosexuel. Je veux dire par là que je peux cesser d’être hétéro sans cesser d’être le reste.

Qu’on me permette donc de rire un peu de cet acronyme LGBTQIA, afin de pouvoir la considérer tout de même avec sympathie.

AD

 

Exterminer les manager ?

 

Parfois, on en vient à douter de l’humanité en général et de sa propre humanité en particulier. Un improbable  manager  d’ERDF a proposé un Ipad pour celui des agents qui couperait le plus grand nombre de compteurs. En plein hiver. C’est ignoble mais cela donne des idées, aussi Kosmo s’y met aussi et fait quelques offres pour motiver les gens de bonne volonté.

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Ah, « Le premier prix est un iPad, remporté si 80 % de l’objectif est atteint. C’est 75 % pour un lot d’une valeur de 80 euros, 70 % pour 65 euros… »,note le site de La République du Centre. Très bien, la rédaction de Kosmo offre cette splendide Buick à quiconque trouvera un moyen d’exterminer globalement l’imbécilité managériale.

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Nous proposons encore cette splendide casserolle argentée qui agrémentera vos virées sur la côte à quiconque trouvera un moyen de faire taire la totalité des médias français lors des épisodes du type : « La fin du monde est proche, un petit groupe d’allumés le prétend donc on ne va parler que de cela pendant une semaine ».

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Enfin, la rédaction de Kosmo offre ce véhicule hybride dont les courbes font immédiatement penser à un sorbet vanille-bleuets à l’heureux inventeur du moyen réel, pratique et immédeiatement applicable de redistribuer vraiment les richesses au lieu de couper le chauffage aux pauvres gens et de monter les pauvres contre les pauvres. Si en sus, l’heureux inventeur trouve un moyen de tuer tous les affreux et d’aller pisser sur leur tombe, alors la rédaction de Kosmo offrira le plein à vie. De la même manière si un audacieux ou une audacieuse trouve le moyen de rayer de l’histoire universelle Anna Karénine, toutes les musiques dépressives, molles et prétentieuses, l’exploitation de l’homme par l’homme, les totalitaires de tout poil, la chaude-pisse, le doute, la mort, la famine, l’abrutissement, le foie de veau, le racisme, la bonne conscience des peignes-cul ambitieux et les oursins, la rédaction de Kosmo, dans son infini générosité offrira les trois voitures d’un bloc, avec un plein à vie et un calin sincère.

Avis aux ingénieux et aux ingénieuses,

On les aura,

AD.

Sources : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/12/20/gros-lot-erdf-offre-un-ipad-a-lagent-qui-ferme-le-plus-de-compteurs/

L’Iran et Google, 12 décembre 2012

J’apprends à l’instant -et j’en tremble!- que l’Iran veut retourner au Minitel. Le pays souhaite réorienter le traffic vers des connexions internes, surveiller les connexions et créer deux réseaux séparés, un réseau interne et maîtrisable à la disposition de tous les citoyens et l’internet ouvert réservé à quelques privilégiés.

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Dans un élan de charité très chrétien, je m’en vais faire faire des économies à l’état iranien.

Mon cher état iranien,

Ne perd pas ton énergie à réprimer l’internet, ça ne sert à rien, c’est pure vanité. Tes prisons et tes milices sont bien plus efficaces pour contrôler ta population car tu ne le sais pas encore, mais internet, c’est une vaste fumisterie, de la confiture pour des cochons, cochons dont tu sais apprécier, toute la valeur, je n’en doute pas, bref, venons-en au fait.

Google vient de publier l’enquête annuelle classant des recherches à partir de son moteur de recherche. Stupeur, abomination, l’internaute qui apparaît au regard de ses statistiques n’a rien, absolument rien d’un dangereux activiste. Prenons par exemple les recherches commençant par « Comment… » (il s’agit de statistiques sur les recherches en France, toutes les autres sont également  disponibles).

  1.                     Comment  Maigrir
  2.                     Comment  Embrasser
  3.                     Comment Grossir
  4.                     Comment Devenir Riche
  5.                     Comment se Maquiller
  6.                     Comment Dessiner
  7.                     Comment Tomber Enceinte
  8.                     Comment Draguer
  9.                     Comment Se Pacser
  10.                     Comment Se  Muscler

A le brave internaute. Il veu grossir, il veut maigrir, il veut se muscler et devenir riche, bref devenir beau et riche. Il va, ah le brave homme, jusqu’à se demander comment tomber enceinte. Mais enfin, il est grand temps de proclamer publiquement que les enfants naissent dans les choux, et l’angoisse de la grossesse quittera nos braves décérébrés. En tous, les cas, rien dans ces questions ne peut susciter des réponses qui mettent en danger ta tyrannie théocratique. Allons voir du côté des questions du type « Que signifie ». Nos geeks vont sûrement chercher des choses sur le sens de la vie, sur la liberté, la justice, les droits de l’homme, le féminisme, l’égalité, la fraternité et autres objets de la modernité que tu abhores. Eh bien, tiens toi bien, pas du tout. Qu’auras tu à craindre des imbéciles heureux qui posent la question « Que signifie :

  1.                     Que  Signifie Swag
  2.                     Que Signifie                     3
  3.                     Que Signifie  WWW
  4.                     Que Signifie  Lol
  5.                     Que Signifie  Usb
  6.                     Que Signifie  Rip
  7.                     Que Signifie Lmfao
  8.                     Que Signifie ^^
  9.                     Que Signifie  Rpz
  10.                     Que Signifie Poke

Splendides questions, abimes spéculatifs en perspective, LOL, n’est-il pas ? Oui, mais tu me diras peut-être, indécrottable tyranie, que l’Internet leur permettra de se rassembler autour d’idôles qui instilleront dans ces coeurs inflammables un désir de révolte. Je voudrais bien te ménager mais comme tu ne mérites pas réellement de ménagement, je t’impose la liste des musiciens, des titres puis des personnalités les plus recherchées sur Google. Pour les chanteurs, Whitney Houston, Michel Telo, Lana Del Rey, One Direction, Donna Summer, LMFAO, Claude François, Gotye, C2C et Edith Piaf. Pour les titres, attention voilà le déluge révolutionnaire : Gangnamstyle en 1, Call me maybe, Wati House, Payphone, Bara Bara Bere Bere, Juste un instant, Rayos de Sol, Party Shaker et Parler à mon père de l’explosive Céline Dion. Pour ce qui   est des recherches directes, nous avons dans l’ordre Free Mobile, Euro 2012, Secret Story, Bref, McDonalds.fr, RTBF, Mappy, JO 2012, Whitney Houston -qui revient- et MY TF1. Enfin les personnalités les plus recherchées sont l’inévitable Whitney, suivie de Jean-Luc Delarue, François Hollande, Anonymous, Thierry Roland, Mouss Diouf, Pierre Mondy, Jean Luc Mélenchon, Luc Chatel, Felix Baumgartner.

Faut-il que tu sois une fiotte pour trembler devant de tels internautes, fans de Whitney Houston, abonnés à Free, passionés de football et de tubes anodins. Je l’avoue, je l’admets, ils font aussi beaucoup de recherches sur McDonalds et là je comprends ta juste frayeur mais si tu leur fais des conditions économiques attrayantes, je suis persuadé que les thuriféraires du culte de Ronald viendront vendre leurs horreurs sans t’ennuyer avec de bêtes questions idéologiques. Laisse-donc tes gens s’abrutir librement et s’égayer dans cet univers de mièvre consommation, ils passeront moins de temps dans la rue à te dire tes quatre vérités. Ne croit pas qu’ils aient besoin du net pour sentir dans leur chair ta tyrannie. et si tu dois tomber, tu tomberas avec ou sans Facebook.

Salut à toi, cher état iranien,

Le ridicule ne tues pas assez, la preuve, tu es encore là

AD.

Odeur de matin gris, 12 novembre 2012

8h du matin. France Inter. On m’apprend que perdre l’odorat rendrait dépressif, c’est très scientifique, une équipe tourangelle a fait cette découverte inénarrable. Mais la suite, ah, la suite, par le chien, quelle escalade !

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Digérons cette première nouvelle. Placé devant une odeur de vanille et une odeur de vomi, le dépressif n’est pas capable de reconnaître l’odeur agréable de l’effluve repoussant. Ayant perdu l’odorat il y a cinq ans dans un accident bête, dois-je en conclure que je suis dépressif ? Mais la radio me rassure immédiatement : si c’était le cas, je partagerais cette situation avec 6 à 9 millions de français puisqu’un genre de speakerine joviale nous informe avec désinvolture qu’entre 10 à 15% des Français souffrent de ce que l’OMS appellerait la maladie du siècle. Mais enfin je m’insurge -m’insurgeais-je-, il y avait une maladie du siècle et on ne m’en informait pas ? Il fut un temps où l’on pouvait se contenter d’être un enfant du siècle, et à travers ce statut aventureux, vivre des passions enflammées ; aujourd’hui, c’est le siècle qui est dépressif, et la tristesse dégénérative un genre d’épidémie banalissime.

Si 10 à 15% des Français souffrent de dépression, on peut à la rigueur leur trouver quelques prétextes. Aujourd’hui, il fait gris comme hier et depuis 6h50 du matin, un camion effectue bruyamment la vidange d’une maison de Jésuites sise en face de ma fenêtre. Par le chien, quelle douleur. Et puis, il y a un quart de la population active qui se trouve au chômage en France. Il ne faut jamais l’oublier. Et s’il n’y avait que ça. Mais alors que nous souffrons dans notre chair nationale, le corps des médecins nous fait une crise sentimentale : il se sent mal-aimé. Aussi nous fait-il savoir qu’il refusera en bloc deux types de mesure : la lutte contre les dépassements d’honoraires et les contraintes à l’installation visant à lutter contre les déserts médicaux. Il ne faudrait tout de même pas qu’il soit trop simple de se soigner partout en France, à un tarif acceptable remboursé par la sécurité sociale.

La Bundesbank possède près de 3400 tonnes d’or. C’est la fin de tout.

C’est la journée pour l’emploi des personnes handicapées. France Inter n’oublie pas de me signaler qu’un enfant battu élevé à la Dass ouvrira une boutique vendredi prochain pour exposer son travail de styliste pour handicapé, avec de vrai mannequin handicapé. Gloria, gloria, in excelsis deo.  Il faut ce qu’il faut.

Certes, mais faut-il accepter de vivre dans ce siècle débile, bilieux, saisi dans son nombrilisme télévisuel et dans sa vacuité. Moi je retournerais bien au vingtième siècle, ou alors au dix-septième ou dans n’importe quel autre hier, n’importe quel autre demain, dans lequel les matins seront favorables.

Merde aux hommes et merde à Dieu,  8 Octobre 2012

Colère brute ce matin en écoutant la radio ressasser les dernières errances racistes et le dernier complot terroriste. Nausée provoquée par l’éternelle politesse obséquieuse : ah mais non, il faut distinguer, il y a les bons religieux et les fanatiques, les fanatiques, ce n’est pas du tout pareil, les bons religieux sont bien intégrés, on ne peux pas leur faire reproche de leur foi. Ah bon ? Et pourquoi non ? Les religions constituées ne peuvent s’innocenter sous prétexte de spiritualité et d’intégration. Combien de fois l’humain a voulu exterminer son voisin parce qu’il avait l’audace de prier un peu différemment de lui, faut-il se remémorer les croisades, la guerre de Trente ans, l’inquisition, l’extermination des Cathares, la Saint Barthélémy, les guerres de religion en France, les conséquences de la Reconquista pour les communautés juives d’Espagne, les guerres entre Chiites et Sunnites, entre Juifs et Musulmans, le GIA… On pourra bien me dire que tout ça, ce sont des prétextes religieux, qu’en réalité,  ces guerres avaient des causes économiques ou stratégiques, rien n’y fera, on ne me fera pas démordre que les religions, lorsqu’elles virent au délire collectif de purification, sont des sources de violence et d’extermination du prochain avec la bonne conscience en prime. On ne peut pas l’oublier. L’Europe a mis suffisamment de temps à apprendre à éviter les grandes purges massacrantes pour se payer le luxe de redevenir stupide et fanatique. Or le premier acte d’arrachement à cette stupidité fanatique, c’est le culte de la raison, de l’éducation du citoyen, corolaires de la vie démocratique et de l’idéal républicain.La liberté de conscience implique que chacun puisse croire en ce qu’il croit, et envoyer sans contrainte ses prières intimes et son amour de l’absolu vers l’au-delà, c’est très touchant, très émouvant, on en pleurerai presque en écoutant un choral de Bach, mais cette même liberté implique que chacun foute une paix royale à son voisin. Et visiblement, cette forme élémentaire de civilité n’a pas caractérisé la pratique du religieux depuis que les humains s’en remettent aux tout-puissants pour organiser leurs vies. Je n’ai aucunement l’intention d’absoudre les religions de leurs crimes passés, et de la violence infinie que cette lubie humaine a provoquée, au nom d’un nouveau genre de politiquement correct.

En d’autres termes, ne jetons pas les Lumières avec l’eau du bain.

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Obama, Romney et le coquillard, 4 Octobre 2012

Hier soir, le président américain en exercice Barack Obama et son challenger Mitt Romney se sont affrontés lors d’un débat télévisé, à Denver, le premier de la campagne. Je ne saurai dire à quel point cette nouvelle m’indiffère. En écoutant distraitement les nouvelles radiodiffusées dans la journée, j’ai appris que Romney semblait avoir pris un avantage, que Barack Obama ne s’était pas entraîné lors de primaires comme son concurrent républicain, qu’il avait des gestes trop présidentiels, que son adversaire avait semblé précis, assuré, capable d’adopter une posture présidentielle, qu’Obama n’avait pas su l’attaquer sur ses bourdes récentes, sa fortune ou son entreprise, que et que que. De manière étrange les médias français abondent en information sur ce sujet. Est-ce que cela répond à un désir passionné d’information ? Certes non, cette masse d’informations ne suscite pas même un élan de passion a posteriori. Cette actualité est constituée par un essaim de médias pour qui il semble obligatoire de faire de ce sujet un feuilleton nécessaire et central. Eh bien voilà, moi, je m’en tamponne le coquillard. Il y a des clochards à deux patés de maisons de chez moi, un quart de la population active en France est au chomage, la Grèce s’effondre et des amis là-bas ont faim, la stupidité et la haine rampent un peu partout, les socialistes ne sont plus socialistes, un français sur 10 connait un arrêt de travail pour dépression au travail, il y a mille et une bataille à mener à partir de mon paillasson et je me fous à peu près autant de l’élection américaine que des tricheries au handball qui font actuellement l’actualité. Sauf à parler d’idéologie, mais là, même les médias américains ne soucient pas lorsqu’il s’agit d’organiser le débat entre deux figurines formatées. Un débat entre le plus plouc des membres du Tea Party avec pacifiste américain communiste, pro avortement et musulman me passionnerait effectivement, mais hélas, ce type de débat n’est pas disponible dans le feuilleton médiatique qu’on nous sert. Pour le reste, je me demande pourquoi cette soupe soporifique devrait être une norme médiatique. La liberté de la presse mérite mieux que ça.

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Yabon Banania, Aller-retour, 30 septembre 2012 

Je suis parti cherché du jus d’orange à la station-service. Il est tard. C’est la seule solution. Devant la caisse, un clodo explique avec une voix forte et timide à la fois que, s’il a fait pipi dans l’entrée de l’immeuble d’à côté, c’est parce que c’était ouvert, ouvert, vous comprenez, c’était ouvert. Patiente, la caissière lui explique qu’il ne faut pas pisser chez les gens, qu’elle lui donnera toujours les clés pour user des wc de la station. Mais elle le fait en ces termes un peu particulier. « Si toi pisser, dame pas contente, elle chasser toi. Toi venir ici, moi donner clé à toi ». Elle est noire, c’est une belle femme, elle agit avec humanité mais cela ne l’empêche pas de dire : « Toi comprendre, ça faut pas pisser chez la dame sinon la damé fachée ». Le clochard s’en va. Elle me dit alors dans un français parfait : « si je mets les articles, il ne comprend plus rien ». Ah… Parler petit nègre aux clochards pour faire preuve d’humanité quand on est une femme noire… Comme disait notre brave Renaud Séchan, c’est quand qu’on va où ?

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La manifestation du 30 septembre 2012.

Après un long après-midi de manifestation contre le traité TSCG (traité sur la stabilité, la cohésion et la gouvernance) ou le « Traité » ou encore le traité Merkozy, je rentre fourbu dans mes pénates, je jette un oeil sur le site de Libération pour voir le nombre de manifestant annoncé dans la presse sociale-démocrate. La une est consacrée à la mise en examen d’un handballeur -Nikola Karabatic. Le second article est consacré à la rentrée du Modem. Certes. Cela vient confirmer un sentiment amer qui m’est venu en manifestant. Ces camarades chantant « dehors, l’union européenne » ne donnaient pas le moins du monde l’impression d’engager un rapport de force. On peut se féliciter du nombre de manifestants (probablement autour de 100 000), et questionner la fonction réel de ces rassemblements. Le peuple de gauche se rappelle à sa propre existence, il fait le clown, il respire, il crie sa rage, il reprend des forces avant de retourner vers l’expoitation, l’ame fière, les poches vides, un petit goût de merguez dans la bouche, une chanson du PKK trainant dans l’oreille et sans aucune chance réelle de changer sa condition. J’ai eu l’impression d’un défilé. J’ai défilé. Rien de plus. On nous a laissé défilé. Sans conséquence, et sans applaudissement.

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